France: une femme ménopausée a donné naissance à des jumeaux

France: une femme ménopausée a donné naissance à des jumeaux
0 commentaires, 6 - 6 - 2019, by admin

Une femme de 37 ans atteinte d’une maladie à l’origine d’une ménopause précoce a donné naissance à deux petits garçons grâce à une technique de préservation de la fertilité. Une prouesse réalisée en Seine-Saint-Denis.
Elle était sur le point de devenir stérile mais souhaitait avoir un deuxième enfant. Une femme atteinte d’insuffisance ovarienne précoce, qui ne pouvait pas bénéficier d’une assistance médicale à la procréation classique, a pu donner naissance à des jumeaux grâce à la maturation en laboratoire de ses derniers ovules, a annoncé mercredi l’équipe de l’hôpital Jean-Verdier (AP-HP) à Bondy (Seine-Saint-Denis). «C’est la première naissance au monde obtenue avec cette technique dans cette indication pour préserver la fertilité», relève le Dr Christophe Sifer, responsable du laboratoire de biologie de la reproduction à l’hôpital Jean-Verdier.
«La mère ainsi que les bébés, des garçons nés en décembre 2018 à Paris, sont en parfaite santé», a déclaré à l’AFP le Pr Michaël Grynberg, chef du service de médecine de la reproduction et préservation de la fertilité à l’hôpital francilien Antoine Béclère (AP-HP). Alors qu’elle était âgée de 37 ans, cette femme a appris qu’elle était atteinte d’insuffisance ovarienne précoce, une maladie caractérisée par le fonctionnement anormal des ovaires et l’arrêt des règles, qui mène à une baisse de fertilité et, à terme, à une infertilité.
Une cause d’infertilité
Cette maladie, qui touche 1 à 2% des femmes avant 40 ans, peut avoir diverses causes. Dans le cas de cette patiente, elle est d’origine auto-immune: son système immunitaire produit des anticorps qui réagissent contre ses ovaires, qui ne peuvent alors plus fonctionner. Or la trentenaire avait un projet de deuxième enfant. Mais dans son cas, il était impossible d’avoir recours aux techniques classiques de préservation de la fertilité, à savoir la stimulation ovarienne et la cryopréservation de tissu ovarien.
Seule possibilité: essayer de trouver des ovocytes immatures dans l’ovaire pour les extraire et les faire maturer en laboratoire. «Nous nous sommes aperçus à l’échographie qu’il lui restait quelques ovules immatures», relate le Pr Grynberg. Restait donc un espoir. Son équipe et celle du Dr Sifer ont alors proposé à la patiente de recourir à la technique de maturation d’ovocytes in vitro (MIV). Celle-ci consiste à prélever des ovocytes immatures par ponction ovarienne à travers le vagin, sous contrôle de l’échographie, sans aucune stimulation hormonale préalable. Le prélèvement s’est fait sous anesthésie locale.
Les ovocytes ont ensuite été portés à maturation au laboratoire pendant 24 à 48 heures grâce à des hormones et des facteurs de croissance. Un certain nombre d’entre eux ont atteint la maturité, ce qui a permis de les mettre en contact avec des spermatozoïdes en vue d’une fécondation. Les embryons obtenus ont ensuite été vitrifiés en attendant d’être implantés dans l’utérus de la future maman. La vitrification est une méthode de congélation ultrarapide qui permet une meilleure survie des embryons une fois décongelés. En parallèle, la patiente a reçu des hormones pour préparer son utérus à recevoir ces embryons. «Dans cette maladie, l’utérus est intact et demeure tout à fait compétent pour pouvoir porter une grossesse», souligne le Pr Grynberg.
«Solution de la dernière chance»
«Sans cette solution de la dernière chance, les quelques ovules restant allaient inéluctablement disparaître, être détruits, et la patiente allait devenir stérile», explique le Pr Grynberg. «Cela confirme l’intérêt majeur de cette technique de MIV, associée à la vitrification ovocytaire ou embryonnaire pour préserver la fertilité féminine dans certaines indications où aucune autre option n’est envisageable», selon le Dr Sifer.
Une technique qui peut également être utilisée pour d’autres pathologies très particulières: d’autres grossesses sont actuellement suivies au centre PMA/AMP (assistance médicale à la procréation) de l’hôpital Jean-Verdier, dans un contexte similaire. Mais cette technique donne de moins bon résultats qu’avec une stimulation hormonale réalisée directement dans l’organisme. Elle ne peut donc être utilisée qu’en ultime recours.
La méthode est par ailleurs déjà utilisée surtout pour des cancers, essentiellement des cancers du sein, soit parce que la nature de la tumeur constitue une contre-indication à la stimulation hormonale, soit par manque de temps (chimiothérapie d’urgence). En France, «quelques milliers de femmes, entre 3000 et 5000, pourraient en bénéficier, dont beaucoup atteintes de cancer», estime le Pr Grynberg.
Dans le monde 6000 enfants sont nés grâce à la MIV dont 200 en France, selon le Pr Grynberg. La première naissance remontant à 1993 aux États-Unis.
AFP

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