Suriname: le président condamné à 20 ans de prison

Suriname: le président condamné à 20 ans  de prison
0 commentaires, 2 - 12 - 2019, by admin

Désiré Bouterse était jugé pour des assassinats commis pendant la dictature. Il dénonce un procès politique. C’est en Chine qu’il a appris la nouvelle, vendredi dernier.
Alors qu’il était en Asie pour une visite officielle, le président du Suriname, Désiré Bouterse, sur nommé Desi, a été reconnu coupable d’une série d’exécutions commises sous la dictature et connues sous le nom «d’assassinats de décembre».
De retour dimanche dans la capitale surinamienne, Paramaribo, il a immédiatement dénoncé un «procès politique». Il a été laissé libre de ses mouvements, le tribunal n’ayant pas demandé son placement en détention. Desi Bouterse entend maintenant organiser sa contre-attaque. Il a pour cela annulé un déplacement prévu dans la semaine à Cuba et a indiqué qu’il avait l’intention de faire appel de la décision. Il dispose pour ce faire d’un délai de deux semaines.
Crimes de la dictature
Desi Bouterse est aujourd’hui rattrapé par son passé. S’il occupe démocratiquement son poste de président depuis 2010, l’homme a un passé de dictateur. Cinq ans après l’indépendance de l’ex-colonie néerlandaise (1975) - située sur la côte nord-est de l’Amérique du Sud-, il prend le contrôle de la jeune République, porté par un coup d’État militaire mené par une junte de sergents. Le coup de force se retrouve en partie soutenu par la population. Les putschistes maintiennent le président Johan Ferrier à la tête de l’État, mais se débarrassent du premier ministre Henck Arron, qu’ils remplacent par Henk Chin A Sen. Mais le président Ferrier refuse de reconnaître le gouvernement de ce dernier, et Bouterse doit mener un second coup d’État pour l’évincer. Ferrier parti, il est remplacé par Chin A Sen, qui cumule les fonctions de premier ministre et de président.
Sous l’influence de Bouterse, l’exécutif restreint les libertés: les partis politiques sont interdits et la presse mise au pas. À l’international, le Suriname rapproche des non-alignés, entretient des relations avec Cuba, le Nicaragua ou le Salvador. Début 1982, un nouveau coup d’État militaire tente de chasser Bouterse et l’idéologie socialisante qu’il a instaurée au sein du régime. C’est un échec. Mais la contestation ne s’éteint pas pour autant. Le pays reste secoué par des troubles, qui se cristallisent autour de la venue du premier ministre de Grenade, en octobre 1982.
En réponse, Desi Bouterse déclenche une opération de terreur dans la nuit du 7 au 8 décembre. Une série d’incendies sont déclenchés. Les pompiers reçoivent l’ordre de ne pas sortir de leurs casernes. Une quinzaine de personnes sont arrêtées et détenues à Fort Zeelandia, ancienne caserne néerlandaise située près de Paramaribo. Après avoir été torturés, ils sont exécutés. C’est ce que l’on appellera «les massacres de décembre». Parmi ces opposants, on trouve des avocats, des journalistes et l’auteur du coup d’État anticommuniste avorté, Surrendre Rambocus. Après cet évènement, les Pays-Bas et les États-Unis cessent leur aide au pays.
Déjà condamné pour trafic de drogue
Desi Bouterse a toujours nié son implication dans ce crime. Selon lui, les victimes avaient pris part à un putsch. Elles avaient été abattues lors d’une tentative de fuite. La cour a à l’inverse estimé qu’il supervisait cette opération. Une personne avait survécu à l’exécution et avait pu témoigner au cours du procès, entamé il y a 12 ans, et que le président a souvent essayé d’interrompre. Bouterse avait notamment fait adopter une loi d’amnistie, invalidée par la suite. Six autres accusés sont décédés depuis l’ouverture des débats.
Ce n’est pas la première fois que Desi Bouterse est condamné. En 2000, il avait écopé d’une peine de 11 ans de prison, prononcé par un tribunal des Pays-Bas pour trafic de cocaïne. Son élection à la présidence lui avait procuré l’immunité diplomatique.
Le Figaro.fr

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