Tueries à Labé: le gouverneur, Madifing Diané passe aux aveux ( audio )

Tueries à Labé: le gouverneur, Madifing Diané passe aux aveux ( audio )
0 commentaires, 19 - 2 - 2020, by admin

Je rencontre les familles des manifestants assassinés à Labé. Les pères veulent témoigner à visage découvert, ils insistent, que pourra-t-on me prendre encore après m’avoir pris mon fils ? Le premier se nomme Mamadou Diallo. Il est immense de dignité et de courage, il décline son identité d’une voix qui ne tremble pas (et pourtant moi je tremble). Il me raconte que son premier garçon était mécanicien-soudeur. Il a été touché par un tir à même pas vingt ans, le 23 janvier 2020. Il est tombé dans la poussière, il était encore en blouse de travail. L’ambulancier qui est parti chercher son corps a été frappé à mort par l’armée. Le muezzin qui devait l’enterrer a été molesté.
Le père accuse le gouverneur de Labé et ses « soi-disant bérets rouges ». Il oublie un instant sa douleur pour parler des autres morts de la répression, et dans ses intonations fermes, c’est toute la Guinée qui est là, ce peuple qui a toujours dit non, ce peuple qui en 1958 a été le seul de toute l’Afrique à s’opposer de Gaulle et à la Françafrique ; et qui, soixante ans plus tard, est toujours debout face aux oppresseurs.
Un autre enfant a été tué le 13 janvier. Il avait quinze ans, s’appelait Alhassane Diallo et apprenait le métier de carreleur. Il avait fugué de chez son maître pour vivre la vie de bohème, et j’espère qu’il flirté avec une fille, fumé un gros pétard avant de sortir manifester à mains nues et de prendre une balle en pleine bouche. Le gouverneur de Labé avait accusé ces Gavroches d’être des « djihadistes venus du Mali », et le père d’Alhassane Diallo ouvre des yeux ronds comme des billes - l’islamisme en armes est aussi étranger à la Guinée que la neige ou les cuisses de grenouille. Son fils est né à côté de Labé, de père et de mère guinéens. Il y a grandi, il y a toujours vécu et il n’a rien vu du vaste monde.
Contrairement au gouverneur de la région, Madifing Diané. Ce vieillard de 75 ans est le bras armé de l’Etat, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a le profil de l’emploi. Il a l’humeur changeante et le sourire cruel des bourreaux. Dès que je suis assis dans son bureau, il fait entrer tout son staff et cinq militaires, dont trois se plantent juste derrière moi. Je suis ébouriffé de larmes et de soleil. Lui roule des mécaniques. Il est habillé d’un élégant costume à manches courtes. Il est rasé de près, il s’est aspergé de Yves-Saint-Laurent, je reconnais le parfum, c’est celui que je mets pour mes (trop rares) rendez-vous galants.
Pour la première fois, alors qu’il l’avait nié au micro de RFI, il reconnaît que l’armée est responsable de la mort des manifestants : « Notre souhait aurait été de les arrêter, si on pouvait les arrêter, que de les tuer ». Il se perd dans des diatribes complotistes, charriant pêle-mêle des manifestants « armés de fusils de guerre, de fabrication locale », des djihadistes, des drones français et l’ambulancier qui aurait été tué par les manifestants (alors qu’une vidéo montre l’armée le battre à mort).
Les traits de son visage deviennent des lames, ses yeux brillent d’une lueur mauvaise. Rien de surprenant : Madifing Diané a été tortionnaire au camp Boiro, lieu de sinistre mémoire où entre 1960 et 1984, 50 000 Guinéens ont perdu la vie par la faute et la folie du président Sekou Touré. Un détail, toutefois, fait basculer la scène du terrifiant au grotesque : Madifing Diané a oublié d’enlever l’étiquette de ses lunettes. Il inspire tant la peur, que personne n’ose lui faire la remarque.
Lemediatv.fr

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