Ethiopie : le Premier ministre emporté par la crise

Ethiopie : le Premier ministre emporté par la crise
0 commentaires, 16 - 2 - 2018, by admin

Hailemariam Desalegn a présenté sa démission ce jeudi, après six ans au pouvoir, dont la moitié aux prises avec un mouvement de protestation régional inédit.
Après trois ans d’une violente crise ethnicopolitique, le plus haut échelon du pouvoir éthiopien a fini par craquer. Ce jeudi, le Premier ministre au pouvoir depuis 2012, Hailemariam Desalegn, a présenté sa démission. Depuis le début de l’année, les digues avaient commencé à sauter : à la surprise générale, plus de 6 000 prisonniers politiques ont été relâchés en quelques semaines, dont des opposants politiques et des journalistes accusés par le gouvernement d’encourager les manifestations qui ébranlent le plus grand pays d’Afrique de l’Est depuis 2015.

Il y a trois ans, la contestation est née de la résistance des Oromos (première ethnie du pays, historiquement opprimée) au plan d’agrandissement d’Addis-Abeba : la capitale, en pleine croissance, venait mordre sur leurs terre. Mais le mouvement de protestation a rapidement basculé dans une dénonciation plus générale du régime, contrôlé d’une main de fer par la minorité tigréenne (6% de la population). Fidèle à son habitude, celui-ci a d’abord essayé d’écraser les activistes oromos. Quelque 940 personnes ont été tuées depuis le début de la répression, selon les propres chiffres de l’Etat éthiopien.
Vague migratoire
Mais à peine l’état d’urgence levé, en août 2017, de nouvelles violences ont éclaté. Des affrontements régionaux, entre populations oromo et somali, ont conduit à une vague migratoire sans précédent cet automne, poussant des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers et les troubles intercommunautaires. Sur le plan politique, les grands équilibres du système «ethnofédéral» propre à l’Ethiopie sont remis en cause, les régions périphériques revendiquant leur autonomie et leur part du pouvoir, tandis que la jeunesse aspire à un desserrement de l’étau du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (FDRPE, coalition au pouvoir et quasi parti unique depuis 1991) sur la société.

Au sein même du régime, plusieurs courants s’affrontent. Après l’échec des tenants de la manière forte, prêts à tout pour étouffer la contestation, les «réformistes» ont-ils repris la main ? La vague de libération des prisonniers politiques était un premier signe d’ouverture manifeste. La démission de Hailemariam Desalegn, qui a été acceptée par le conseil exécutif du FDRPE, pourrait aller dans le même sens. «Les manifestations et la crise politique ont conduit à la perte de beaucoup de vies et au déracinement de nombreux Ethiopiens, a-t-il déclaré dans une allocution télévisée. Je vois ma démission comme indispensable pour mener à bien les réformes qui conduiront à une paix durable et à la démocratie.»
«Durs» contre «réformistes»
Son successeur n’était pas connu jeudi soir. Un congrès du FDRPE, au cours duquel la lutte entre durs et réformistes devrait trouver son aboutissement, est prévu le mois prochain. Depuis le renversement du dictateur Mengistu Haile Mariam, il y a vingt-cinq ans, le pays n’a connu que deux dirigeants. Meles Zenawi, le charismatique père du modèle «développementaliste» éthiopien, puis, après sa mort soudaine en 2012, le pâle Hailemariam Desalegn, qui a laborieusement poursuivi l’œuvre de son prédécesseur, sans prendre la mesure des changements et des aspirations qui traversaient son pays. Jusqu’à cette démission surprise, ce jeudi. Qui peut déboucher sur un cadenassage du régime ou un tournant démocratique historique.

Source: Libération

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