Sommet Trump-Kim Jong-un: à Singapour, Trump a plus cédé que Kim

Sommet Trump-Kim Jong-un: à Singapour, Trump a plus cédé que Kim
0 commentaires, 12 - 6 - 2018, by admin

Les USA suspendent leurs manœuvres avec la Corée du Sud. Pyongyang en reste à des promesses. Mais, même vague, la déclaration de Singapour reste un élément positif pour la paix.
Les images de la poignée de main, ce mardi matin, entre les ex-meilleurs ennemis du monde, le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un, ont fait le tour de la planète. Mais que faut-il retenir de cette rencontre singapourienne ?

1 Qui sort gagnant de ce premier round ?
« Quelle que soit l’issue de ce processus, analyse Juliette Morillot, spécialiste des deux Corée, Kim Jong-un a eu ce qu’il voulait depuis des années : être traité d’égal à égal avec un président américain en exercice, ce que ni son père ni son grand-père n’ont jamais obtenu. Il peut dire à son peuple qu’il a été capable de défendre son pays face aux menaces américaines, et qu’il va apporter la paix et la dénucléarisation à la péninsule coréenne. Et Kim est désormais présenté comme un homme d’Etat rationnel et fréquentable. Rares sont ceux qui parlent encore de sa dictature et des droits humains qu’il maltraite ».
Alors qu’à l’issue du récent G7, il avait traité son allié canadien Justin Trudeau de « malhonnête et faible », Donald Trump a répété à plusieurs reprises ce mardi que Kim, qu’il qualifiait il y a quelques mois de « petit gros », « dingo », était un jeune homme « talentueux, aimant son pays, très intelligent ». Et la mise en scène solennelle du sommet ne laissait pas transparaître le fait que les Etats-Unis et la Corée du Nord n’entretiennent pas (encore ?) de relations diplomatiques.
2 Juste un show pour les photographes ou réellement un événement historique ?
Cette rencontre entre un membre de la dynastie des Kim et un président américain en exercice était indéniablement une première. Il est par contre trop tôt pour savoir si ce sommet rentrera dans l’histoire comme premier pas vers une réelle dénucléarisation de la péninsule coréenne. Alors que précédemment Trump exigeait une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la Corée du Nord, Kim s’est contenté de s’engager à une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ». Ce qui laisse entendre que les Etats-Unis devraient supprimer le parapluie nucléaire mis à disposition de la Corée du Sud.
« On se rend compte que ce sommet a été préparé à la va-vite par les Etats-Unis, reprend Juliette Morillot. Annoncé, annulé, puis reprogrammé. On en reste finalement à une déclaration finale relativement vague, en deçà de celle qui avait été signée après la rencontre entre les présidents des deux Corée en avril dernier. Un accord de dénucléarisation, c’est quelque chose de très complexe, cela ne se règle pas en une poignée de mains. Il y a encore énormément de travail à faire. Il ne faut cependant pas être trop négatif : c’est un premier pas vers un dialogue de paix qui n’était pas envisageable il y a un an, c’est donc forcément positif ».
Mais il est bon de rappeler que Pyongyang a, depuis 25 ans, plusieurs fois promis de se dénucléariser. En 1994 puis en 2005, de tels accords avaient été conclus sans jamais se concrétiser.
3 Trump est apparu triomphant. A juste titre ?
Pendant sa conférence de presse, il était évident que le président américain savourait ce moment. Il a affirmé avoir réussi ce qu’« aucune administration n’avait jamais fait », raillant la naïveté de Bill Clinton et de Barack Obama, estimant qu’il s’agissait « d’un grand jour dans l’histoire du monde ». Il s’est gargarisé de formules comme « tout le monde peut faite la guerre, seuls les plus courageux peuvent faire la paix ». Il a présenté comme un acquis majeur la promesse faite par Kim de rendre aux Etats-Unis les dépouilles de 6.000 soldats américains tombés pendant la guerre de Corée et réclamées par les familles de ces militaires.
Mais, à la surprise de Séoul, qui n’avait visiblement pas été prévenu, Trump a annoncé qu’il allait mettre fin aux exercices militaires conjoints réalisés deux fois par an avec l’armée de Corée du Sud, « très provocateurs » pour la Corée du Nord : « Alors que nous sommes en train de négocier un accord global très complet, je crois qu’il n’est pas approprié d’avoir des exercices militaires ». Tout en précisant que ces « war games » coûtent beaucoup d’argent qui pourra être épargné. Clairement, les Etats-Unis cèdent déjà sur un point litigieux, alors que la Corée du Nord en reste à des promesses. Par contre, les sanctions imposées à la Corée du Nord restent d’application.
Trump a aussi réaffirmé sa volonté de pouvoir « ramener à la maison les 32.000 soldats américains déployés en Corée du Sud », tout en précisant que ce n’est « pas encore le moment ». A l’intention de ses électeurs, il a précisé que ce futur retrait permettra aussi « d’économiser de l’argent ». Enfin, le président américain a réfuté l’accusation d’avoir trop cédé à Kim : « Si le prix pour épargner des millions de vies humaines, c’était de venir à Singapour et m’asseoir pour parler avec Kim Jong-un, pour moi, c’est OK ».
4 Kim va-t-il réellement tenir ses promesses cette fois-ci ?
C’est la question à un milliard do dollars… En fin de conférence de presse, Trump, très (trop ?) détendu, a affirmé « qu’on n’est jamais sûr de rien. Mais je sais quand quelqu’un veut conclure un accord, car c’est tout ma vie. Or Kim veut cet accord, mon instinct me le dit ». Avant de reconnaître un peu plus tard, en réponse à une autre question, qu’il ferait « peut-être dans six mois une autre conférence de presse » si rien ne se concrétise. « Mais je trouverai une excuse » a-t-il blagué.
Le Soir

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