1958-2018 ! Soixante ans de Domestication et de Déshumanisation ( opinion )

1958-2018 ! Soixante ans de Domestication et de Déshumanisation ( opinion )
0 commentaires, 7 - 10 - 2018, by admin

Par Barry Tutankhamon
« La domestication et la déshumanisation par la torture, la diète noire, la peur, les suspicions non fondées et la tyrannie ont été les ingrédients indispensables pour fabriquer un nouveau type de guinéens »
Le 2 Octobre 2018 les Guinéens ont fêté 60 ans de domestication et de déshumanisation. Car, on peut décrire les 60 ans qui s’échelonnent de 1958 à 2018 comme étant l’âge de la malédiction guinéenne. Voyons ! Depuis l’indépendance de la Guinée en 1958, trois vagues de politiciens roulent sur le rivage politique guinéen. Comme par malédiction ces trois vagues se suivent et se ressemblent. Et leur point commun est qu'elles ont toutes réussi à domestiquer et à déshumaniser les femmes et les enfants guinéens.
Au fait, pourquoi diantre, ces trois vagues se succèdent et se superposent à la fois depuis l’indépendance de la Guinée? Tout simplement parce que les guinéens, en général, n’ont pas d’idéaux ils suivent celui qui est le plus fort du moment et se contentent de survivre jour après jour sans se poser de questions.
La vague du PDG-RDA arrogant et sanguinaire se dissipa après 26 ans de dénuement commun pour laisser la place à celle des prédateurs ; une épidémie qui sévit en Guinée pendant 24 ans pour enfin laisser la place à celle des insouciants et incompétents qui contrôlent le pays depuis 2010.
La vague PDG-RDA
Née lors de fortes tempêtes des indépendances -indépendance télé- (Amadou Kourouma*), la vague PDG-RDA a été d'autant plus dévastatrice qu'elle est insoupçonnée ! La plus dévastatrice des vagues, le PDG-RDA, avec son cortège de morts, de viols, d’assassinat politiques, fait que la Guinée vit encore de nos jours une crise plus longue et plus dévastatrice… Dernier Khouuuty !!!

Le tyran domestique Sékou Touré, qui était plus attaché à l’éloquence qu’au travail sérieux et bien fait, parviendra par coup de miracle et surtout avec l’aide d’un petit groupe arrogant et sanguinaire à s’immiscer perfidement dans le contrôle absolu des enfants et des femmes de Guinée.
La domestication et la déshumanisation par la torture, les assassinats politiques, la diète noire, la peur, les suspicions non fondées et la tyrannie ont été les ingrédients indispensables pour fabriquer un nouveau type de guinéens. Un prototype qui excelle de nos jours dans l’indignité et la mesquinerie, mais aussi dans l’absence d’autocritique et la fausseté du jugement**.
C’est dans ce moule à dictature que furent façonnés des despotes comme Lansana Conté et Alpha Condé qui continuèrent et continuent ce même mode de domestication et de déshumanisation des enfants et des femmes de la république de Guinée. C’est aussi dans ce moule que parut la vague des prédateurs et des cadres incompétents zélés jusqu’à la moelle épinière.
Ah ! Bon sang! A la question de savoir s’il était plus technocrate que politique, un ancien cacique du régime Conté fraîchement nommé au poste de vice-président chargé de la communication d’un parti d’opposition qui se réclame républicain et qui devrait, par essence, prôner la rupture, choisi de ne pas y aller avec le dos de la cuillère ; écoutez : « Mais on a fait des cours d’idéologie à l’école du parti PDG-RDA. On a été formé par le système Sékou Touré depuis le centralisme démocratique, de la base au sommet. On a beaucoup d’idées politiques. Le politique que j’avais en moi va réapparaître, vous le saurez***. ». Avec ces mots, « on s'aperçoit rapidement de l'extrême étroitesse de l'horizon psycho-social de nos dirigeants » (Sako Kondé) C’est toujours cette envie folle d’enjôler le peuple afin de l’entuber qui revient au premier plan. En Guinée, 60 ans après, nous sommes toujours au temps des fripouilles****. Et comme Sako Kondé je me pose la question suivante : « quel égarement a bien pu pousser le pays vers des dirigeants de cette engeance ? »
La vague des prédateurs
Le 3 Avril 1984 une meute de mangoustes s’empara du pouvoir en Guinée sans effusion de sang. Mais après le coup raté de Diarra Traoré, ils n’ont pas tardé à sauvagement attaquer les cobras du régime précèdent. Agressifs, violents et surtout endiablés et agités, ces sanguinaires n’avaient aucune patience et aucun respect pour les droits de l’homme et la jurisprudence. Conséquence : aucun des anciens dignitaires PDGistes n’a été traduit en justice. Le constat fait l’unanimité : des violations graves des droits de l’homme ont été commises par Lansana Conté et son équipe.

Le peuple meurtri observa avec dédain les nouveaux maitres des lieux, mais sans lever le moindre petit doigt, ayant déjà été domestiqué et déshumanisé par un précèdent règne maléfique. Quand on a été déshumanisé pendant longtemps, et de surcroit plus d’un quart de siècle, on s'habitue à la douleur, au silence coupable, à l’hypocrisie. On s’en remet au destin…
Avec la vague des prédateurs le peuple de Guinée se retrouva dans un régime spécifique. Un régime hybride (mi-démocratie mi-dictature) avec lequel nous assisterons à un comportement dictatorial moins large mais plus diversifié : un peu de droit de l’homme, l’avènement du multipartisme tout en édifiant des édifices plus ou moins complexes qui broyèrent les services publics et les programmes sociaux.
Très vite, la torture physique du Camp Boiro sera remplacée par la torture économique à l’échelle industrielle des deniers publics. Les ressources de la nation et les deniers publics sont utilisés pour financer des besoins personnels et familiaux des ministres insouciants et incompétents. Toute leur conduite s’inspirait de la maxime « après nous, le déluge ». Aucun investissement majeur sur les enfants et les femmes. Aucun investissement majeur sur l’éducation, la culture, l’emploi, l'infrastructure routière, l’innovation et l’équilibre de la société guinéenne. Des dérapages majeurs qui finiront par hypothéquer l’avenir de tout un peuple.
C’est dans cet environnement pollué et corrompu suivi d’un désengagement moral et des valeurs qu’émergera en 2008 un Dadis qui, malgré ses limites et carences, se croyait investi d’une mission de salubrité sans mandat impératif d'aucune sorte. Du fait de la domestication et de la déshumanisation, un peuple pionnier s’est fait berner par cette farce ! S’il ne s’était limité qu’au Dadis-Show on pouvait ...en rire, mais les crimes du 28 Septembre 2009 n’ont rien de comiques. Ces crimes constituent le plus grand échec moral de notre temps. Des âmes singulièrement lâches qui pensaient devoir tout à Dadis et rien à la patrie ont violé et massacré leurs propres frères et sœurs…Depuis 2009, le peuple attend que justice se fasse.
C’est aussi dans cet environnement, sans investissement majeur sur l’éducation, qu’émergea un Sékouba Konaté qui, ne sachant à peine lire et écrire, n’ambitionnait même pas le grade de sergent dans l’armée guinéenne. Et pourtant la nation s’était saignée pour faire de lui un général, un homme d’état. People needed someone to follow. Nous connaissons la suite.
Dadis et Sekouba sont un parfait exemple qu’en Afrique à part le Burkina avec Thomas Sankara, les coups d’états ne mettent au pouvoir que des bouffons !
La vague des insouciants et incompétents
La vague PDG-RDA et celle des prédateurs ont ouvert un boulevard aux insouciants et incompétents de tous genres. Ces braillards qui sont plus attachés à la mamaya et à l’éloquence qu’au travail sérieux et bien fait trônent partout où il y a une parcelle de pouvoir en Guinée. Avec eux « nous vivons dans une société qui donne un prix a tous les riens et rabaisse ce qui est important et qui fait qu’on se conduit plus que sur les maximes du ridicule, » comme le disait J.J.R*****. On tombe dans l’esprit de paresse et d’oubli de tous les crimes passés et présents.

La vague des incompétents et insouciants a été formatée à l’école du PDG ; mais il y’en a qui ont des diplômes occidentaux. Ils ont des Maitrises en tout, mais ne maitrisent rien ! Quand il s’agit du développement, du bien-être du peuple, de la maitrise de l’eau et de l’électricité, nos cadres sont comme des eunuques dans un harem… Castrés par la colonisation, la corruption, le fond monétaire international, la banque mondiale, le néocolonialisme et le mondialisme, nos cadres ne peuvent créer un miracle guinéen ; ne changeront jamais de paradigme ! Incapables de gérer, ils nous divisent.
Dressés comme des maitres pour perpétuer un système tyrannique, ces incompétents sont devenus pour les femmes et les enfants de Guinée une source plus féconde d’inquiétudes et de tourments. Le parfait exemple de cette incompétence et insouciance est Alpha Condé qui a passé tout son premier mandat à mépriser ses opposants et le peuple de Guinée; son second mandat consiste à les apprivoiser et à les dresser contre leurs propres intérêts.
Sa nouvelle trouvaille : « coupons le cordon ombilical avec l’ancienne puissance ». C’est par ces expressions de divertissement que ni le délire ni le calcul ne peuvent expliquer que l’autocrate AC, le chantre de l’ethno-stratégie politique, qui se fait envieusement appelé « opposant historique » a couronné son débat lors d’un événement médiatique à Abidjan où il prenait du plaisir à dialoguer avec lui-même devant un auditoire complaisant. D’abord qu’il abandonne son passeport français. Ce qui ne fera saigner personne. Et pour le cordon ombilical on verra après ! Ivre de pouvoir, il a vite oublié qu’il est le produit même de ce cordon ombilical et que sans sa formation sommaire dans une université française et ses soutiens français, comme Bernard Kutchner, il n’a aucun mérite d’être un chef de village en Guinée, à plus forte raison son chef d’état. Pour preuve depuis 2010, il confond conquête du pouvoir à l’exercice du pouvoir et par conséquence nous fait perdre du temps.
En somme, nos politiques sont tous des athlètes du PDG-RDA ; ils n’ont pour rêve que de brandir la torche que le tyran Sékou Toure a allumée dès 1960 pour effrayer, torturer et domestiquer les guinéens à travers des complots imaginaires.
Le réveil citoyen pour mettre fin à ces vagues dévastatrices
En Guinée, il faut savoir compter mais pas sur nos politiques. Ils n’ont pas pour ambition d’éduquer le peuple, le responsabiliser ou l’organiser pour bâtir un programme de développement durable, mais de le domestiquer, le ruiner, le dépouiller sans repos jusqu’ à le faire crever de misère.

Nos politiques nous ont menti ! Pire encore, ils nous ont trahis ! Ce que le peuple de Guinée a voulu avec l’indépendance, c’est l’émancipation, l’autonomie, le développement durable, la maitrise de l’eau et de l’électricité, la justice pour tous et l’harmonie de la famille guinéenne. Comme c’est pas de la tarte, le peuple a été servi avec le camp Boiro, la diète noire, les pendaisons publiques, la déshumanisation. Nos politiques ‘’ n’ont fait qu’empirer notre esclavage et le surcharge de notre misère ‘’ pour parler comme JJR.
La Guinée, ce n'est même plus un secret de polichinelle, est potentiellement riche et pourtant les femmes et les enfants guinéens sont les plus délaissés et les plus malheureux de la planète. L’exil massif et extrême de ses enfants à travers le monde en fait foi. Le souci de tout guinéen est de fuir cette déshumanisation quitte à se noyer à la mer méditerranée. Et pourtant des solutions existent pour mettre fin à cette domestication et déshumanisation : la désobéissance civile (Henry Thoreau), les boycottes (Gandhi) et l’insurrection populaire (Burkina Faso) doivent être les armes des plus démunis.
Pour plus d’investissement sur les femmes et les enfants de Guinée (la couche la plus malheureuse et la plus délaissée), sur l’éducation, l’emploi, l’infrastructure routière ; pour mettre fin à l’impunité qui gangrène la société depuis 1958 le peuple doit s’assurer que nos politiciens aient toujours à rendre compte de leurs actions. C’est un impératif catégorique qu’ils rendent compte à leurs électeurs.
Notre Assemblée Nationale qui est constituée de 114 fainéants a suffisamment prouvé qu’elle n’est pas efficace pour obliger les politiciens à rendre des comptes. En Guinée, l’Assemblée Nationale, la Cour Suprême, la Cour Constitutionnelle, et l’exécutif ne sont qu’une fanfaronnade de braillards.
Un projet noble et salvateur serait pour tous les enfants de Guinée de réclamer leurs droits. Il faut dès maintenant refuser de manger avec ceux qui mangent la Guinée comme Monenembo l’a fait avec ceux qui mangent l’Afrique. Il faut exiger au gouvernement en place que des investissements majeurs sur le capital humain soient le début et la fin de tout projet politique.
Avec l’annonce d’un éventuel troisième mandat, l’incompétent et insouciant despote de Conakry a « succombé à la mélodie des sirènes révisionnistes ». Les Guinéens, toutes ethnies confondues, pourront-ils être des Kéléfa Sall pour lui barrer la route ? Wait and see. Comme le disait Zola, « Ils suffit du dévouement d’un seul pour donner de la force et du courage à tous ». Pour sortir de cette malédiction de 60 ans, c’est de la démocratie qu’il nous faut !
NB : La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 énonce en son article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

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