Idriss Chérif : "la priorité à l’heure actuelle est de faire partir Alpha Condé"

Idriss Chérif :
0 commentaires, 22 - 12 - 2014, by admin

En 2015, se dérouleront les élections présidentielles en Guinée. Déjà, les formations politiques et leurs leaders fourbissent leurs armes et mettent en place des stratégies de conquête du pouvoir. Lors de son récent séjour à Dakar, il y a quelques jours, Idriss Chérif, président du Front Patriotique Guinéen (FPG) a accordé un entretien exclusif à votre magazine. Il revient sur la place de son parti dans le paysage politique guinéen, son analyse de la situation politique, économique et sociale de la gouvernance Alpha Condé, et ses ambitions et priorités pour son pays. Entretien. Le Panafricain : Monsieur Idriss Chérif, vous avez été porté récemment à la tête de votre formation politique, le Front Patriotique Guinéen. Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce parti et son implantation en Guinée ? Idriss Chérif : Je vous remercie tout d’abord de me redonner l’opportunité de m’exprimer dans les colonnes de votre magazine. Le Front Patriotique Guinéen (FPG) a été créé juste après la transition en 2010 avant d’être mis en veilleuse. En effet, nous avions souhaité que la Guinée soit dirigée par des dirigeants qui aiment la Guinée et avec la floraison de partis politiques, on a préféré mettre le FPG en veilleuse. Nous avons attendu quatre ans après le début du mandat du président de la république et comme nous avons constaté que rien n’était fait pour consolider les Guinéens sur un même plan, nous avons jugé nécessaire de relancer les activités du parti. En fait, par rapport à nos ambitions et à l’évolution de la situation en Guinée, nous sommes restés sur notre faim. Nous avons une autre manière de diriger la Guinée. Aujourd’hui, le Front Patriotique Guinéen est implanté dans la plupart des localités du pays. Les comités de base sont installés un peu partout et le travail se poursuit au niveau des localités non encore pourvues. Nous avons donc mis trois ans pour réfléchir, trois ans pour implanter le parti, trois ans aussi pour travailler et élaborer le programme de gouvernement. Un temps mis à profit pour proposer aux Guinéens notre manière de voir et de diriger le pays. Nous ne sommes pas venus pour apporter des problèmes mais plutôt avec des solutions. En effet, le FPG est bien un parti de solutions dont l’action s’inscrit en droite ligne des aspirations de la population, et singulièrement celles des jeunes et des femmes. Comment appréciez-vous le mandat du président Alpha Condé et la situation politique, économique et sociale en Guinée ? Idriss Chérif: Aujourd’hui, il faut reconnaître que le président Condé a véritablement échoué. C’est un échec total et il y a surtout un désespoir réel qui frappe toute la Guinée au point que le pays n’a pas pu décoller. On avait cru qu’avec le temps qu’il avait mis dans l’opposition, il viendrait avec des solutions. Au contraire, on s’est vite rendu compte qu’avec le président Alpha Condé, la situation s’est plutôt empirée. Pratiquement rien de sérieux n’a été fait, aucun projet viable n’a été initié, tout repose encore sur un espoir qu’on cherche à entretenir vaille que vaille. Avec tous les scandales qu’il y a eu, comme le cas de ces avions qui prennent des centaines de millions de dollars et qui vont à gauche à droite, des faits qui n’honorent ni la Guinée, ni l’Afrique, ni les dirigeants Africains… Il y a aussi cette mauvaise gestion de l’épidémie à virus Ebola. Aujourd’hui, la Guinée est le foyer de l’expansion d’Ebola et on a vu comment cela a été géré. Le Congo a connu le même problème mais les autorités congolaises ont pu canaliser le virus en l’empêchant de se répandre à Kinshasa. Mais ce virus a causé de nombreux décès au Liberia, en Sierra Leone, en Guinée, au Nigeria, au Mali, etc. parce que la Guinée a très mal géré cette situation. Donc tout cela fait partie du mandat du président Alpha Condé. On peut aussi évoquer également les différentes tueries qui ont eu lieu, les marches réprimées dans le sang, le problème de Zokota dans la zone de Nzérékoré, le conflit communautaire entre les Guerzés et les Koniankés, etc… Autant de faits qui se sont soldés par des morts. Sans compter les dizaines de personnes qui ont perdu leurs vies lors d’un concert organisé à Conakry, lors de naufrages, l’avion qui s’est écrasé au Liberia avec de hauts officiers de l’armée guinéenne, etc… Des catastrophes qui montrent bien que le bilan du président Condé est en tout point de vue négatif. Les gens sont restés sur leur faim. Il faut dire que les Guinéens sont assis sur de l’espoir en ayant fait confiance à ce monsieur qui ne leur a rien apporté sinon des problèmes, avec des emprisonnements, des exils forcés, alors qu’ailleurs le président Alassane Ouattara tend la main à l’opposition, etc. Vous voyez donc que ce n’est pas une bonne manière de gouverner. Un chef doit se rapprocher davantage de ses concitoyens, pour leur parler de sa vision et des moyens mis en œuvre pour la concrétiser, recueillir leurs préoccupations au besoin et surtout venir avec une panoplie de solutions autour desquelles tout le monde est résolument engagé afin de sortir ce pays de l’ornière. Aujourd’hui, la situation est devenue plus compliquée, avec la pauvreté qui s’est accentuée, la situation de l’école qui n’est guère reluisante… En plus, le président annonce qu’il veut lui-même organiser les élections présidentielles 2015 avec des fonds de l’Etat guinéen, en disant qu’il veut les financer pour un montant de 5.000 milliards de francs guinéens… Je me demande bien où est ce qu’il va sortir cet argent, car apparemment il veut tripatouiller encore ces élections pour se donner une victoire, parce que n’ayant pas besoin d’un financement extérieur. Alors qu’il a recours à cela pour soigner les malades atteints de la fièvre Ebola. Cet argent dont il parle aurait bien pu servir pour créer des emplois, financer les jeunes pour les encourager à mettre sur pied des entreprises ; mais rien n’a été fait à ce niveau et cela devient de plus en plus difficile, de plus en plus compliqué. Le pays va de mal en pis. Je pense que la priorité à l’heure actuelle est de faire partir Alpha et redresser ensuite la situation. Le FPG est venu avec des solutions, des solutions aussi bien pour l’armée, pour la police, etc. Nous avons d’autres manières de gérer l’armée ou la police, il suffit de les mettre dans un certain nombre de conditions. Nous avons aussi des solutions pour toutes les couches sociales en Guinée. Les prochaines élections présidentielles sont prévues dans quelques mois, en octobre 2015 plus précisément. Comment votre formation entend-elle participer à ce scrutin ? Sera-t-elle seule, ou dans le cadre d’une alliance avec d’autres partis de l’opposition ? Idriss Cherif : de toute manière, nous avons tenu un congrès qui m’a désigné comme le candidat du FPG aux élections présidentielles d’octobre 2015. D’ores et déjà, nous sommes prêts à participer à ces élections et à les remporter. Nous nous sommes dit que nous faisons partie de l’opposition républicaine au sein de laquelle on trouve notamment l’UFDG, la formation politique de Cellou Dalein Diallo, l’UFR de Sidya Touré et le PDN de Lansana Kouyaté. Nous sommes donc dans un bloc et en cas d’entente parfaite, la majorité peut remporter les élections. Dans ce cadre, un candidat pourra être désigné de manière consensuelle et chacun lui apporterait son soutien. En tout cas, nous ne serons pas en marge de ce que l’opposition républicaine décidera. Dans le cas contraire, celui qui vient en deuxième position sera soutenu par les autres qui demanderont à leurs militants de lui accorder leurs suffrages. Mais il faudra éviter de refaire les erreurs du passé, en faisant en sorte de soutenir celui qui est le mieux placé, pour s’accorder afin de bien gérer le pays après. Parce qu’en définitive, le malade qui a vraiment d’être assisté c’est la Guinée, notre pays à tous. Nous sommes donc prêts à aller aux élections et aussi à respecter, en cas de nécessité, la voix de la majorité, donc celle de l’opposition républicaine. En quelques mots, quelles sont vos ambitions et vos priorités pour la Guinée, si vous accédez à la magistrature suprême ? Idriss Chérif : je disais tantôt que cela fait trois ans que nous menons la réflexion, trois ans pendant lesquels nous avons regardé la manière de gouverner du professeur Alpha Condé. Nous connaissons mieux les problèmes qui gangrènent ce pays et nous venons avec des solutions. Nous avons travaillé sur tous les compartiments, aussi bien sur le plan de l’agriculture, de l’école, de la condition même des enseignants, de l’armée, de la police, de la gendarmerie, sur le plan culturel, en un mot sur tous les secteurs d’activité en Guinée. Notre réflexion s’est également portée sur les infrastructures, de l’habitat, etc. et nous avons élaboré un projet permettant d’offrir 150.000 emplois aux Guinéens par an. En cinq ans, notre objectif est de générer près de 800.000 emplois aux Guinéens. Nous avons projeté plus de 10.000 milliards CFA en cinq ans pour notre économie. Nous avons bien planifié après avoir étudié tous les secteurs nécessaires, les femmes, les jeunes, l’école pour élaborer ce programme ambitieux certes mais parfaitement réalisable à court et moyen terme. Nous avons élaboré aussi un plan pour l’électricité sur toute l’étendue du territoire national et sur quarante ans, un programme qui sera mis en place dans les cinq ans ; pour l’eau, nous avons un programme d’alimentation en eau potable couvrant une période de quarante cinq ans. Nous avons également un projet relatif à l’hydraulique villageoise pour doter les campagnes de pompes modernes et réhabiliter celles qui existent. Il y a surtout un vaste chantier de modernisation de l’administration guinéenne pour la rendre plus fonctionnelle et mieux adaptée aux exigences de la compétitivité et de la qualité de service public. Les revenus de l’Etat doivent rentrer dans les caisses de l’Etat. Dans ce cadre, je tire le chapeau au président Alpha Condé pour avoir œuvré à l’unicité des caisses de l’Etat, car nous pensons que le Guichet unique est une excellente initiative. Il faut éviter désormais de mettre des centaines de millions de francs (plus de 54 millions de dollars) dans un avion pour être transportés vers une banque américaine, alors que cet argent aurait bien pu être déposé dans une banque primaire et par le jeu des écritures, l’argent se retrouve dans le compte concerné. Un incident quelconque peut bien intervenir, l’avion peut s’écraser quelque part et dans pareil cas, il n’y a plus de trace possible. Alors qu’il faut tout tracer, du début à la fin. On se rappelle encore l’accident d’avion survenu, il y a deux ou trois ans de cela, au Liberia avec les officiers militaires guinéens qui y ont perdu la vie, dont le chef d’Etat major de l’armée. Nous ne venons pas pour tâtonner. Nous savons parfaitement par quoi commencer dès qu’on sera aux affaires. Il n’y aura pas d’improvisation ou de pilotage à vue mais une gestion saine sur la base de plans et de programmes bien étudiés. Nous avons une panoplie de solutions sur lesquelles je ne pourrais pas m’étendre ici pour éviter d’éventuels plagiats. Notre credo est « une jeunesse unie face aux défis de l’avenir ». Vous venez d’effectuer un séjour au Sénégal. Dans quel cadre entre ce déplacement ? Et éventuellement quelles sont les activités que vous avez pu mener ? Idriss Chérif : le Sénégal est assurément un pays qui porte bien son nom de pays de la Téranga (hospitalité). J’ai compris que l’administration sénégalaise fonctionne, c’est un pays vraiment bien organisé sur tous les plans. J’ai remarqué qu’ici le président de la république n’a que deux chauffeurs et ne dispose pas de plus de quatre véhicules. Ici, tout est contrôlé et on ne peut pas permettre de faire n’importe quoi parce qu’on est à la tête de l’Etat. Le président respecte ses concitoyens et surtout son opposition. Il y a également une entente parfaite au sein de la coalition qui a porté le président de la république à la tête du pays et chacun s’évertue à respecter les engagements souscrits du début à la fin. Cela me rappelle la gouvernance d’alors du président malien Amadou Toumani Touré (ATT) où il avait travaillé avec une coalition la main dans la main. C’est aussi le cas du président ivoirien Alassane Ouattara avec le groupe Arc en ciel, et même l’ancien président Gbagbo qui avait respecté les clauses des accords de Marcoussis jusqu’à son départ. Mais en Guinée, tous ceux qui ont porté le président Condé là où il est actuellement ne sont plus avec lui au pouvoir, la plupart de ses alliés sont partis. Je suis venu faire des contacts politiques à Dakar et j’ai été reçu à divers niveaux. J’ai pu rencontrer d’éminentes personnalités qui sont au devant de la scène politique, aussi bien des proches du président Macky Sall que des autorités politiques de l’opposition, avec qui on a beaucoup échangé. Le constat qui s’impose est qu’il y a ici un respect mutuel. Le Sénégal est un pays respectueux des lois où le ministère de l’Intérieur est capable d’organiser des élections et dire le droit. Nous avons rencontré les responsables en charge des élections et nous nous sommes imprégnés de leurs expériences en la matière. Nous avons également rencontré des hommes de médias, des journalistes avec qui nous avons discuté pour comprendre qu’ici c’est l’intérêt général du pays qui est mis en avant. Au Sénégal, il est heureux de voir la symbiose entre les différentes communautés ethniques Wolof, Serere, etc. et cela est fondamental pour l’unité nationale. In Le Panafricain

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