Roumanie : le président manifeste dans la rue contre le premier ministre

Roumanie : le président manifeste dans la rue contre le premier ministre
0 commentaires, 2 - 2 - 2017, by admin

Mardi soir, des milliers de Roumains sont descendus dans les rues après l'adoption par le gouvernement d'un décret allégeant la pénalisation de la corruption.
«Démission, voleurs», pouvait-on entendre scander mardi soir devant le Palais de la victoire à Bucarest où près de 10.000 personnes se sont rassemblées pour protester contre l'adoption par le gouvernement d'un décret d'urgence en faveur d'un allègement du code pénal concernant la corruption de la classe politique.
Ce texte entrera en vigueur quasi automatiquement et ne passera pas par le parlement. Il permettra de dépénaliser certaines infractions et de rendre l'abus de pouvoir passible de prison seulement s'il entraîne un préjudice supérieur à 44.000 euros. Ce décret exprime la volonté «de mettre la législation en accord avec des décisions de la Cour constitutionnelle», a justifié le ministre de la Justice Florin Iordache.
Cette annonce permettrait d'épargner à plusieurs hommes politiques des poursuites judiciaires, et notamment à Liviu Dragnea, le chef du Parti social-démocrate (PSD) au pouvoir depuis un mois. Ce dernier est actuellement impliqué dans un procès d'emploi fictif. Le préjudice est estimé à 24.000 euros par les procureurs, soit une somme inférieure à la limite imposée par le décret.
Par ailleurs, le gouvernement a soumis au parlement un projet de grâce pour 2500 détenus qui purgent des peines jusqu'à cinq ans de prison, qui pourrait aussi bénéficier à des hommes politiques condamnés. Mais ne l'a pas adopté par décret comme prévu.
Sur place, les manifestants se mobilisent et ne comptent pas abandonner les protestations. «Je suis indignée. Le PSD a gagné les élections mais cela ne veut pas dire qu'il peut modifier le code pénal de nuit, en cachette», a déclaré Gabriela State, une manifestante de 46 ans à l'AFP.
«Il faut défendre la démocratie, on ne peut pas les laisser faire», estime de son côté Jan, un jeune entrepreneur. «C'est un retour à la période d'il y a 15 ans», déplore alors Cristian Clot, employé dans le secteur informatique.
Cette proposition faite par le gouvernement PSD de Sorin Grindeanu il y a dix jours, a également provoqué une vive discorde avec le président de la République de centre droit Klaus Iohannis. «C'est un jour de deuil pour l'État de droit, qui a reçu un coup dur de la part des adversaires de la justice et de la lutte contre la corruption», a déclaré mardi le chef de l'État dans un communiqué. Ce dernier s'est joint aux manifestants devant le siège du gouvernement mardi soir.
Pour M. Iohannis, le décret est une «grave violation de l'indépendance de la justice». Mercredi matin, il s'est rendu au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et a exhorté les membres de l'opposition à saisir la Cour constitutionnelle. Ces derniers devraient déposer une motion de censure contre le gouvernement.
L'ensemble du monde judiciaire a dénoncé ce décret. Pour le Département de lutte antifraude (DLAF), qui fait la liaison avec l'Office de lutte antifraude (OLAF) de l'Union Européenne, cette décision d'alléger le code pénal «restreint sa capacité (...) de protéger de manière efficace les intérêts de l'UE en Roumanie».
L'Union européenne met en garde
Cette situation suscite également l'inquiétude de l'Union européenne. «La lutte contre la corruption doit progresser, pas être défaite. Nous suivons les derniers développements en Roumanie avec une grande préoccupation», a déclaré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et son premier vice-président Frans Timmermans dans un communiqué commun. Ils ont également «mis en garde contre une régression» du pays dans ce domaine et annoncé que la Commission «examinera attentivement les changements de législation». Le 25 janvier, la Commission européenne avait encouragé la Roumanie à prendre de nouvelles mesures de lutte anticorruption.
Cette dernière décennie, le parquet anticorruption a dirigé en Roumanie une vaste opération «mains propres» qui a notamment permis d'inculper plusieurs dizaines de politiciens. M. Dragnea avait dû renoncer en 2015 à son poste de Premier ministre en raison d'une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale. De même, Victor Ponta accusé d'évasion fiscale et blanchiment d'argent a retrouvé sa place au parlement.
Le Figaro

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