Une Ivoirienne retenue 14 jours à Roissy avec ses enfants de 3 ans et 1 an

Une Ivoirienne retenue 14 jours à Roissy avec ses enfants de 3 ans et 1 an
0 commentaires, 29 - 3 - 2017, by admin

Après l'hospitalisation du plus jeune des deux enfants, la famille a finalement pu sortir de la zone de rétention, raconte l'association Anafé.
Lorsqu’elle a appris que son fils aîné de 13 ans, confié depuis trois ans à une tante en France, était victime de maltraitances, Grace* a sauté dans un avion depuis la Côte d’Ivoire avec ses deux autres enfants en bas âge.
Arrivée à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle le 6 mars dernier, son entrée sur le territoire lui a été refusée. "Malgré un passeport et un visa en règle", affirme à "l’Obs" Laure Palun, coordinatrice de l’association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), qui révèle l’affaire dans un communiqué publié le 23 mars dernier.
Grace et ses deux enfants auraient été bloqués à la frontière car ils ne possédaient pas les ressources financières requises pour séjourner en France avec des visas touristiques. Retenue à l’aéroport, la famille a passé près de deux semaines dans la zone d'attente pour personnes en instance (Zapi).
La Zapi, l’insupportable attente
Cette zone est composée de bâtiments sécurisés et placés sous surveillance destinés à accueillir ceux qui ne sont pas autorisés à entrer en France, en attendant qu’ils le deviennent ou bien qu’ils soient renvoyés d'où ils viennent par avion.
Celle de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle a une capacité d’accueil pour les mineurs étrangers, mais seulement ceux qui sont isolés, sans parents sur le territoire. Ce qui n’est pas le cas des deux enfants de Grace. Elle a donc dû passer 14 jours et autant de nuits dans une petite chambre, sans salle de bain privative, avec son fils âgé d'un an et sa fille de trois ans. Les douches communes ne simplifiant pas la toilette d’enfants si jeunes, surtout pour un seul parent, estime l'association.
Dans le bâtiment, privatif de liberté, la famille avait accès à une infirmerie ainsi qu’à une petite salle de télévision au rez-de-chaussée, raconte Laure Palun, habituée à se rendre dans ces lieux pour y rencontrer ceux qui ont besoin de l’aide de son association.
Une "salle froide et exigüe, sans fenêtre…"
Plus dur à vivre encore que l’absence de confort et de praticité des lieux d’accueil, Grace a passé quasiment toutes ses journées enfermée, avec ses enfants, dans une salle de maintien de l’aérogare 2E de l’aéroport : celle qu’utilise la police aux frontière (PAF) lorsqu’elle souhaite renvoyer des individus dans leur pays directement par avion.
C’est une "salle froide et exigüe, sans fenêtre, sans accès direct aux toilettes, sans les commodités nécessaires aux enfants en bas âge", raconte l’association dans son communiqué. "Parfois, elle n’avait pas pu prendre de couche avec elle et la police n'en avait pas à disposition. Ces jours-là, elle pouvait passer des heures avec ses deux enfants qui pleuraient sans même pouvoir les changer", détaille Laure Palun auprès de "l'Obs".
Presque quotidiennement, Grace a supporté "la petite salle" proche des portes d’embarquement et a refusé de monter dans un avion, ce qui peut être considéré comme un délit aux yeux de la loi française.
Si elle et ses deux enfants en bas âge ont finalement pu retrouver leur liberté et séjourner à Paris quelques jours, c’est uniquement à la suite de l’hospitalisation de son plus jeune fils. L’enfant n’a pas supporté ces conditions de vie et a "développé une violente quinte de toux" le menant à l’hôpital le 20 mars dernier, explique l'Anafé. Ce qui a finalement permis à la famille d'en ressortir, libre, deux jours plus tard.

D’autres cas similaires

Grace est ressortie "choquée" de ces deux semaines de privation de liberté. Comme d’autres dans sa situation, elle s’est sentie traitée "comme une criminelle", affirme Laure Palun, qui rappelle la ressemblance d'aspect entre les prisons et ces zones dans lesquelles doivent vivre et patienter, pendant plusieurs jours, les personnes bloquées aux frontières.
Les enfants, même très jeunes, vivent aussi l’expérience comme un "traumatisme", nous alerte Jean-François Martini, juriste salarié au groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), association membre de l'Anafé. Depuis plusieurs années, il se bat pour faire évoluer la loi et la prise en charge des mineurs en Zapi, qu’ils soient isolés ou non. "Pour l’instant, rien n’a changé", déplore-t-il. Et pourtant, les cas ne sont pas rares.
L’année dernière déjà, un enfant de 8 ans originaire des Comores était resté bloqué plus de 10 jours à Roissy-Charles-de-Gaulle. En 2015 aussi, deux fillettes, une Française de 6 ans et une Ivoirienne de 3 ans avaient connu le même sort pendant cinq jours. Et depuis quelques jours, une mère seule venue du Togo serait elle aussi bloquée dans le même aéroport avec sa fille de deux ans, qui est "pourtant détentrice d’un passeport français", affirme l’Anafé.
Le contrôleur général des prisons saisi

Pour faire évoluer la situation et alerter sur l’expérience traumatisante de la famille de Grace, l’Anafé a saisi le défenseur des droits et le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). Le contrôleur général des prisons nous confirme s’être rendu sur place et affirme que son enquête est en cours. L'organisme avait déjà publié un rapport avec ses recommandations sur la zone d’attente de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, suite à un contrôle spontané effectué en 2013.

Contactés par "l'Obs", ni la PAF ni le service d'information et de communication de la police nationale (SICOP), n'ont pour l'instant souhaité commenter l'affaire.
Quant à Grace et ses deux enfants, ils devraient repartir en Côte d’Ivoire demain, le 29 mars. "Tout simplement comme le prévoyait son billet d’avion retour…", explique la coordinatrice, qui ne sait pas encore si la mère a pu voir son fils aîné, raison de sa visite en France.
Source: l'OBS

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