Lamine Kamara : « J’ai pardonné à ceux qui m’ont enfermé »

Lamine Kamara : « J’ai pardonné à ceux qui m’ont enfermé »
0 commentaires, 1 - 9 - 2017, by admin

Ancien prisonnier, ex-ministre et dernièrement cheville ouvrière de "Conakry, Capitale mondiale du livre de l'Unesco", l'auteur guinéen Lamine Kamara a récemment publié un roman, "Mariame Waraba ou le destin d'une femme", écrit en prison il y a plusieurs décennies.
« Auteur, ancien ministre, j’ai commencé à gauche avant que des gens de gauche ne me mettent en prison et que je revoie un peu mon jugement… » Lamine Kamara a le sens des présentations. À 78 ans, cet ancien ministre des Affaires étrangères de Lansana Conté, enfermé sept ans au sinistre Camp Boiro sous Sékou Touré, publie Mariame Waraba ou le destin d’une femme, aux Éditions Continentales.
Le livre a été publié à l’occasion de « Conakry, Capitale mondiale du livre de l’Unesco ». Kamara, connu pour son roman Safrin ou le duel au fouet, paru en 1991 chez Présence Africaine, a participé à l’élaboration de l’événement en tant que président de l’Association des écrivains de Guinée.
Mariame Waraba ou le destin d’une femme, drame aux allures de conte populaire qui se déroule dans trois ou quatre pays africains durant la colonisation, se veut un hommage à la culture mandingue et un travail sur la place des femmes dans l’histoire ouest-africaine. Jeune Afrique a rencontré son son auteur.
Jeune Afrique : Un jeune rappeur franco-ivoirien, Kaaris, se clame, dans une chanson récente, « descendant de Sékou Touré ». Vous comprenez cet attrait ?

Lamine Kamara : Bien sûr. Moi-même j’ai été membre des jeunesses du parti. J’étais fasciné par Sékou Touré avant d’atterrir en prison à mes 31 ans. Il y a deux Sékou Touré : le leader charismatique de l’indépendance et celui qui enfile le costume de chef d’État et plonge le pays dans la répression et le non-développement économique.
Vous avez pardonné ?
Mon livre Guinée sous les verrous de la révolution se terminait par le mot « Pardon ». J’ai pardonné, mais je pense que nous devons mener un travail national de réconciliation, afin que justice soit rendue et que la vérité soit rétablie. Je suis d’ailleurs membre du comité consultatif pour la réconciliation nationale.
Ce livre, c’est un premier roman publié à presque 80 ans, c’est bien cela ?
Ce n’est pas le premier que j’ai écrit. Mais en effet, il a été rédigé alors que je n’étais que dans ma trentaine, en prison. Là-bas, il fallait déjà fabriquer le manuscrit au sens propre : ramasser des cartons de sucre, transformer le carton en feuilles de papier, puis coller les pages à l’aide d’une pâte de lait et enfin faire sortir le manuscrit par des gardiens…
JA

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